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Discours de Marie-Anne Barbat-Layani, présidente de l'AMF, Colloque du Conseil scientifique de l'AMF - Vendredi 13 juin 2025

Discours de Marie-Anne Barbat-Layani, présidente de l'AMF, Colloque du Conseil scientifique de l'AMF - Vendredi 13 juin 2025

Seul le prononcé fait foi

Mesdames, Messieurs,

C’est avec un très grand plaisir que je vous souhaite la bienvenue à cette nouvelle édition du colloque du Conseil scientifique de l’Autorité des marchés financiers.

Ce rendez-vous constitue un moment privilégié d’échange et de réflexion. Il incarne pleinement notre volonté de faire dialoguer les savoirs académiques les plus rigoureux avec les problématiques concrètes de la régulation financière.

Cette année, nous avons choisi de consacrer nos travaux à un enjeu majeur : l’épargne des ménages, et la manière dont elle est investie. Ce sujet revêt une importance toute particulière dans le contexte du projet d’Union de l’Epargne et de l’Investissement.

C’est pourquoi l’AMF apporte son plein soutien à l’approche retenue par la Commission européenne sur l’approfondissement de l’Union de l’épargne et de l’investissement ou Savings and Investment Union (SIU). J’ai déjà eu l’occasion de le dire, il s’agit, de mon point de vue, du projet le plus important de notre génération en matière financière, équivalent à ce que fut, en son temps, la création de la monnaie unique. Il s’agit d’assurer l’indépendance stratégique de l’Europe, et de lui donner la puissance financière nécessaire pour accomplir ses objectifs politiques.

Ce n’est pas un hasard si deux des principaux bâtisseurs de l’Europe ont décidé de venir évoquer ce sujet avec nous aujourd’hui : je veux parler d’Enrico Letta, ancien Premier ministre italien et récemment auteur d’un rapport déterminant sur la relance du marché unique européen (« Bien plus qu’un marché » - « Much more than a market »), et Christian Noyer, gouverneur honoraire de la Banque de France, membre du premier directoire de la Banque centrale européenne, ancien directeur général du Trésor français, et auteur d’un rapport « Développer les marchés de capitaux européens pour financer l'avenir ». Leur intervention sera pour nous tous une opportunité unique de voir une étape décisive de la construction européenne se dessiner sous nos yeux. Et je sais qu’ils attendent également beaucoup de nos travaux de ce jour pour apporter des idées et des solutions concrètes et créatives.

Le diagnostic est connu : le récent rapport de Mario Draghi a évalué à 800 milliards d’euros par an les besoins supplémentaires de financement liés à la transition numérique et énergétique. S’y ajoutent maintenant les besoins de la défense européenne, si bien que l’on doit considérer que ce sont 1 000 milliards supplémentaires par an qu’il faut trouver.

Cela passe par la mobilisation du secteur bancaire, bien entendu, mais surtout des marchés de capitaux, pour mieux transformer le gisement trop sous-exploité de l’épargne européenne et l’orienter vers des investissements de plus long terme dans l’économie européenne.

C’est l’objectif du projet d’Union de l’Epargne et de l’Investissement que de répondre à ces besoins. Nous sommes à un moment décisif, puisque la Commission européenne a lancé une consultation en vue de déployer sa stratégie pour l’Union de l’épargne et de l’investissement adoptée le 19 mars dernier. Elle bénéficie d’un portage politique fort. Il sera décisif pour surmonter les blocages et les réticences qui ne manqueront pas de se manifester face à un projet aussi ambitieux.

L’AMF a eu l’occasion de contribuer à la réflexion sur l’ensemble des sujets clefs de l’Union de l’épargne et de l’investissement, depuis la définition de son plan stratégique publié en 2023 qui appelait de ses vœux la relance du projet d’Union des marchés de capitaux, ancêtre de l’Union de l’Epargne et de l’Investissement. Nous avons contribué aux travaux de l’Autorité européenne des marchés financiers, qui a publié des propositions fortes au printemps dernier. Nous contribuons activement aux travaux sur la titrisation, sujet urgent et majeur, et sur la réforme de la supervision des marchés de capitaux en Europe, en avocats fervents d’une véritable supervision européenne. Et bien entendu, c’est le sujet d’aujourd’hui : nous participons activement aux réflexions sur une meilleure allocation de l’épargne européenne.

Le choix de la thématique de cette année doit nous permettre d’approfondir la réflexion sur ce troisième pilier.

Le défi n’est pas hors de portée, puisque l’Europe dispose d’une épargne abondante, et de circuits et d’acteurs financiers puissants.

Dans le cadre du mandat de protection de l’épargne investie dans des placements financiers qui est le nôtre, nos études montrent un réel engouement des Français pour les placements financiers. Depuis le Covid, nous avons vu l’arrivée de plus d’1,2 million de nouveaux investisseurs en Bourse.

Et notre dernier baromètre de l’épargne et de l’investissement témoigne d’intentions d’investissement en bourse pour 2025 à leur plus haut niveau depuis le lancement du baromètre en 2017, à hauteur de 30 %. Parallèlement, les investisseurs se tournent de plus en plus vers les crypto-actifs, les actions fractionnées, les produits structurés et, bien sûr, les fonds indiciels cotés, les « ETF », dont nos enquêtes sur l’épargne montrent la progression très rapide. Le paysage de l’épargne est en pleine révolution !

Quoi qu’il en soit, l’allocation de l’épargne ne semble pas optimale, ni pour l’épargnant, ni pour l’économie.  L’épargne reste encore largement placée sur des comptes courants et dans des supports sans risques, limitant les rendements pour l’investisseur et la capacité de l’industrie financière à transformer l‘épargne européenne en financement à long terme adaptés aux besoins des entreprises européennes [42 % du patrimoine financier des Français est composé de « numéraires et dépôts »].

Elle est, investie dans des actifs à faible rendement alors que les ménages européens ont besoin de mieux faire travailler leur épargne pour financer leurs besoins futurs -et en premier lieu leur retraite. Enfin, elle est investie pour partie hors d’Europe, ce qui traduit aussi l’attractivité de certains marchés étrangers.

A cet égard, je tiens à souligner les avancées qui ont d’ores et déjà été annoncées la semaine dernière sur la création d’un label européen, « Finance Europe ». L’engagement politique pris par sept états (France, Espagne, Allemagne, Estonie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal) d’assurer aux produits bénéficiant de ce label un traitement fiscal favorable est un signal fort.

En parallèle, il nous faut réfléchir sur la manière d’assurer un environnement réglementaire conforme à l’intérêt des investisseurs et favorable à l’investissement.

Par définition, la réglementation ne peut, en effet, pas être conçue pour favoriser la distribution de tel ou tel produit. Elle a d’abord pour rôle de garantir la bonne prise en compte des intérêts individuels de l’épargnant. Mais la question de la simplification du parcours de l’investisseur et des contraintes réglementaires qui l’entourent aujourd’hui en Europe n’est pas un tabou. L’Autorité européenne des marchés financiers (l’ESMA) a d’ailleurs lancé, le 21 mai dernier, un très important appel à contributions sur ce thème, pour identifier les freins, notamment réglementaires qui découragent l’investisseur.

A force de vouloir donner toutes les informations utiles à l’épargnant, ne l’a-t-on pas noyé sous l’information ? A force de vouloir s’assurer qu’il est parfaitement conscient de tous les risques qui s’attachent à tel ou tel produit, ne lui fait-on pas perdre de vue l’intérêt d’investir ? A force d’encadrer la relation entre les acteurs financiers régulés et leurs clients, ne pousse-t-on pas ces derniers vers des circuits plus simples et beaucoup moins réglementés ?

Comment préserver la confiance quand l’explosion des arnaques crée une véritable insécurité financière pour nos concitoyens (15 % des Français disent avoir été victimes d’une arnaque financière, et c’est 35 % chez les moins de 35 ans) ? Comment mieux informer et protéger des investisseurs qui s’informent de plus en plus sur les réseaux sociaux et auprès d’influenceurs ? Comment l’intelligence artificielle va-t-elle venir bouleverser le monde de l’investissement ? Toutes ces questions méritent d’être posées, sans perdre de vue, évidemment l’objectif de protection des investisseurs.

Les travaux de ce matin nous permettront, je l’espère, d’éclairer ces enjeux en nous appuyant sur les dernières avancées de la recherche académique.

Je me réjouis que de nombreuses personnalités éminentes du monde académique, de la recherche, de la régulation et du secteur financier aient répondu présent pour éclairer, par leurs analyses, les enjeux de ces réflexions.

Avant de leur céder la parole, je tiens à remercier chaleureusement les membres du Conseil scientifique de l’AMF pour la qualité du programme qu’ils ont élaboré, et plus particulièrement sa remarquable vice-présidente, Delphine Lautier, qui va vous en présenter les grandes lignes.

Je vous souhaite à toutes et à tous un colloque riche, stimulant, et porteur de perspectives.

Je vous remercie de votre attention.