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Rapport annuel de l'AMF 2025 - Lettre au président de la République
Monsieur le Président de la République,
« Réguler la finance, renforcer la confiance ». C’est le cap que nous avons souhaité donner à l’action de l’Autorité des marchés financiers en 2026.
Renforcer la stabilité financière
Lorsque nous avons établi notre cartographie des risques en 2025, nous avions souligné les risques liés aux incertitudes géopolitiques et à la cybersécurité parmi les risques clefs susceptibles d’affecter le monde financier et les investisseurs.
La guerre en Iran est venue confirmer ce premier risque. Les marchés financiers y ont réagi de manière ordonnée et résiliente à ce stade, même si la volatilité s’est accrue et que les valorisations connaissent des corrections significatives, notamment en Europe. Tout dépendra de la durée du conflit et de ses effets économiques. Les incertitudes actuelles montrent les progrès accomplis en matière de solidité du secteur financier depuis la grande crise financière de 2008. Elles confirment aussi certaines vulnérabilités nouvelles sur les marchés de capitaux, telles que les valorisations élevées, la concentration des indices boursiers, l’importance des stratégies à effet de levier, l’évolution des structures de marché. Le développement très rapide de la finance privée suscite des interrogations : nul ne conteste son utilité, mais ses liens avec la finance traditionnelle doivent être mieux analysés et régulés, à l’heure où elle connaît sa première crise de croissance avec les difficultés de certains fonds de dette aux États-Unis. Les annonces du mois d’avril sur les capacités des nouvelles Intelligences artificielles (IA) « frontières » constituent quant à elles une potentielle disruption en matière de cybersécurité, à laquelle le monde financier doit se préparer au plus vite.
Dans ce contexte, l’AMF doit donc plus que jamais jouer son rôle de boussole et réguler avec exigence pour renforcer la confiance. La stabilité financière est indissociable de la stabilité économique et sociale. La confiance dans le système financier constitue un bien public fondamental. Les régulateurs de marché ont, à cet égard, une responsabilité croissante, compte tenu du développement de la finance non bancaire.
L’AMF s’y emploie et consacre une part importante de ses travaux à la résilience de la finance de marché.
À l’été 2025, l’AMF, la Banque de France et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution ont lancé un premier test de résistance trans-sectoriel, visant à analyser les interactions entre les secteurs bancaires et non bancaires en situation de tension, et leurs impacts sur la stabilité financière.
À l’automne dernier, l’AMF a accueilli à Paris les régulateurs des principales places financières mondiales, à l’occasion d’une réunion du comité sur la stabilité financière de l’Organisation internationale des commissions de valeurs que je copréside avec mon homologue britannique. À l’occasion de ce temps fort de l’année 2025, l’AMF a organisé une conférence internationale de haut niveau, consacrée à l’impact des nouvelles technologies (IA et informatique quantique), dont les applications en finance vont révolutionner l’industrie et être à l’origine de nouvelles opportunités mais aussi de nouveaux risques.
Depuis le mois d’avril, nous renforçons notre mobilisation face à l’accélération du risque cyber lié aux nouveaux modèles d’IA, dont le caractère global montre à quel point ces travaux multilatéraux sont essentiels. Face à ce défi, il est important que les institutions financières bancaires et non bancaires, notamment les infrastructures de marché, y compris européennes, puissent accéder aux capacités d’évaluation de ces modèles, et que les régulateurs y soient pleinement associés. Le cadre réglementaire européen précurseur sur la résilience opérationnelle digitale des acteurs financiers (« DORA »), qui suscite actuellement un intérêt croissant de nos collègues internationaux, doit être un levier puissant, aux côtés de l’« IA Act ».
Les règles et la régulation sont aussi essentielles.
Les priorités de l’AMF pour 2026 s’articulent autour de trois axes structurants : contribuer à la souveraineté financière européenne au travers du projet d’Union de l’épargne et de l’investissement ; renforcer l’attractivité de la Place de Paris grâce à un soutien sans relâche à l’innovation, à l’heure de l’intelligence artificielle et de la tokenisation ; garantir la protection des épargnants comme l’intégrité du système financier, à l’heure de la globalisation des menaces et de l’explosion des arnaques financières par le biais d’évolutions législatives de nos pouvoirs répressifs en matière de lutte contre l’insécurité financière.
Mobiliser la finance au service de la souveraineté économique et stratégique européenne
Dans un monde où la puissance repose de plus en plus sur la capacité à mobiliser les ressources financières nécessaires pour décider souverainement de ses choix politiques, l’approfondissement des marchés de capitaux européens constitue un impératif majeur.
C’est le sens du projet d’Union de l’épargne et de l’investissement que la France soutient activement. C’est le grand projet de notre génération en matière financière, comme l’a été en son temps le passage à l’euro. Il est existentiel pour la souveraineté de l’Europe, et plus indispensable que jamais dans le contexte géostratégique actuel. Il suscite de plus en plus d’intérêt de la part des acteurs financiers internationaux, pour lesquels le modèle européen d’équilibre entre innovation et régulation apparaît aujourd’hui particulièrement intéressant.
Ce projet implique notamment de réduire la fragmentation réglementaire et l’éclatement de la supervision des marchés, sources d’incertitudes juridiques, d’inégalités concurrentielles, de complexité pour les acteurs transfrontières, de risques pour les investisseurs et la stabilité financière et de moindre efficacité de la supervision.
L’AMF soutient donc résolument le renforcement des pouvoirs de supervision directe de l’Autorité européenne des marchés financiers, conformément aux propositions présentées par la Commission européenne en décembre 2025.
Renforcer l’attractivité de la Place financière de Paris et soutenir l’innovation
La Place de Paris est le premier centre financier d’Europe continentale. Elle doit être le premier levier du développement des marchés de capitaux européens, et en faire bénéficier notre économie.
La capacité de la France à attirer les capitaux, les talents et les acteurs financiers, notamment les acteurs de la fintech, constitue un facteur clé de sa croissance, de son influence et de sa souveraineté économique. Dans un contexte de concurrence accrue entre places financières, l’AMF agit pour renforcer l’attractivité de la Place de Paris, dont nous avons fait une de nos priorités stratégiques. L’ambition est claire : faire de la qualité de la régulation un facteur de compétitivité, en garantissant un cadre stable, simplifié, propice au développement des activités financières et de l’innovation, et protecteur pour les investisseurs.
L’Autorité respecte strictement son engagement de ne plus surtransposer les textes européens. Elle questionne et modernise en permanence ses textes et pratiques – comme elle l’a fait en 2025 en créant une procédure accélérée pour les fonds Défense –, pour appliquer les meilleurs standards, avec un souci constant de prévisibilité et de simplification.
Parallèlement, fidèle à son ADN, l’AMF encourage le développement de l’innovation. Les progrès en matière de tokenisation des actifs ouvrent des perspectives nouvelles en termes de financement et de liquidité des marchés. L’AMF promeut une réforme ambitieuse du cadre réglementaire européen, ainsi que la mobilisation de la Place de Paris pour placer la France au cœur de cette innovation prometteuse, dans le cadre d’un groupe stratégique de place avec la Banque de France et la Direction générale du Trésor. À l’été, nous livrerons des recommandations concrètes. De même, l’entrée en application du cadre européen relatif aux crypto-actifs (« MiCA ») constitue une avancée majeure que l’AMF met en œuvre avec une attention particulière afin de concilier innovation et maîtrise des risques.
Enfin, l’essor rapide de l’IA transforme en profondeur le secteur financier. L’IA est porteuse d’opportunités considérables pour démocratiser l’investissement. L’AMF en tire elle-même parti pour renforcer ses capacités de surveillance des marchés financiers, contribuant au développement de modèles souverains et performants. Mais l’IA peut aussi être porteuse de risques. Au-delà des risques cyber, la dépendance des acteurs financiers à des prestataires de services très concentrés, et pour beaucoup non européens, comme la potentialisation des arnaques, nécessitent que nous soyons attentifs collectivement.
Protéger les épargnants et garantir l’intégrité du système financier
Dans un paysage de l’épargne en pleine évolution, la protection des épargnants est plus que jamais au cœur de l’action de l’AMF. La confiance des investisseurs est un devoir vis-à-vis de nos concitoyens qui préparent leur avenir financier : elle est la condition première du bon fonctionnement des marchés financiers.
L’AMF veille à la qualité, à la clarté, à l’adéquation et à l’accessibilité de l’information fournie aux investisseurs. Elle vérifie que le conseil financier et le service rendu aux investisseurs sont loyaux et dans leur intérêt, et intervient si nécessaire contre les frais injustifiés. Elle s’engage également en faveur de l’éducation financière avec l’objectif de mieux armer les citoyens face à des décisions d’investissement de plus en plus complexes. Nous venons, dans cet esprit, de lancer un plan dédié pour renforcer l’investissement des femmes, dont le déficit considérable nuit à leur autonomie financière comme au financement de l’économie.
Les évolutions du paysage de l’épargne sont malheureusement marquées par une multiplication des arnaques financières. Selon nos études, 16 % des Français déclarent avoir été victimes d’une escroquerie financière (32 % chez les moins de 35 ans). Ce phénomène de société massif, amplifié par la digitalisation, l’IA et les réseaux sociaux, appelle une réponse résolue. L’AMF poursuit les échanges avec les plateformes en ligne pour obtenir leur collaboration à cet objectif d’intérêt général, en droite ligne des travaux engagés par le Gouvernement et le Parlement. Elle proposera en 2026 un véritable changement d’échelle dans le blocage des contenus illicites.
L’Autorité fait également face au phénomène préoccupant de la montée en puissance des réseaux internationaux d’initiés, souvent liés au blanchiment des capitaux de la criminalité organisée, qui utilisent des informations privilégiées acquises par corruption ou par fraude, pour investir opportunément, portant ainsi de graves atteintes à l’intégrité des marchés. Nous coopérons plus étroitement que jamais avec nos homologues internationaux et les autorités compétentes, en particulier le Parquet national financier, pour lutter contre cette criminalité organisée, et nous saluons les premières décisions judiciaires rendues en la matière, en avril dernier, par le tribunal correctionnel de Paris dans le dossier Airgas.
Néanmoins, pour répondre pleinement à ces défis, un renforcement des outils répressifs de l’AMF est indispensable. Les réflexions conduites depuis 2023 ont contribué à nourrir la proposition de loi, déposée en septembre 2025 par le député Daniel Labaronne, visant à lutter contre la fraude financière et à renforcer la sécurité financière. Nous saluons le vote de la loi visant à lutter contre les fraudes sociales et fiscales, qui contient cinq mesures importantes qui y figuraient. L’AMF appelle à l’adoption rapide des autres dispositions pour renforcer l’efficacité de son action.
Au cœur des enjeux de stabilité, de souveraineté, de compétitivité, et d’intégrité, l’AMF contribue à bâtir un cadre financier à la fois robuste, innovant et de confiance.
Pour remplir pleinement ses missions, l’AMF doit disposer de moyens adaptés. Conformément aux recommandations de la Cour des comptes, il convient de s’inscrire à nouveau en 2027 dans une trajectoire pluriannuelle de rattrapage des moyens de l’AMF, conforme à ses responsabilités sur la première place financière européenne, dont l’excellence du régulateur est l’un des atouts reconnus.
Monsieur le Président de la République, vous pouvez compter sur la pleine détermination de l’AMF à agir pour une finance au service de l’indépendance de la France et de l’Europe et du financement de l’économie, intègre, performante, innovante et protectrice des investisseurs. C’est cette vision française de la finance, que nous promouvons, qui fait la singularité et le succès du grand pays financier que nous sommes et devons continuer à être.
La France dispose d’atouts majeurs pour demeurer une grande puissance financière. C’est un élément central de sa souveraineté et de l’autonomie stratégique européenne. Il nous appartient collectivement de les consolider et de les projeter dans une ambition européenne forte et libre. C’est ce à quoi l’AMF continuera à s’attacher.
Tels sont les éléments que je tenais à porter à votre connaissance à l’occasion de la remise du rapport d’activité de l’AMF pour 2025. Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, à l’expression de ma très haute considération.
Marie-Anne Barbat-Layani
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Responsable de la publication : Le Directeur de la Direction de la communication de l'AMF. Contact : Direction de la communication, Autorité des marchés financiers - 17, place de la Bourse - 75082 Paris Cedex 02